Debora Waldman à la tête de l'Orchestre régional !

Aux vacances de la Toussaint se déroulera la 4ème édition de l'Orchestre symphonique régional, un projet inter-établissements qui se mesure à l'échelle de la vaste Nouvelle-Aquitaine !

Du 26 au 31 octobre, 75 jeunes musiciennes et musiciens venus de 6 établissements d'enseignement artistique (Conservatoires de Bordeaux, Limoges, Maurice Ravel Pays Basque, Grand Poitiers, Pau-Béarn-Pyrénées, auxquels s'ajoutent les étudiants de RésoNAnces pôle supérieur musique et danse Nouvelle-Aquitaine) vont travailler ensemble pour former un orchestre symphonique et interpréter un programme musical d'une grande exigence, intitulé Nuit de Sabbat.

Depuis 2023, les élèves ont vu se succéder à la baguette les cheffes d'orchestre Sora Elisabeth Lee et Alizé Léhon.
En 2026, la cheffe Debora Waldman prendra la direction de cette formation unique.
Née au Brésil, Debora Waldman effectue ses études musicales en Israël, puis en Argentine. Elle se perfectionne ensuite auprès de János Fürst, François-Xavier Roth et Mickaël Levinas au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris.
Après trois années passées auprès de Kurt Masur et l’Orchestre national de France, distinguée "Talent Chef d'Orchestre" par l’ADAMI en 2008, Debora Waldman mène une carrière active en France et à l’étranger, où elle a l’occasion de diriger de nombreux orchestres (Monte-Carlo, Opéra de Toulon, Victor Hugo, Cannes, Rouen, Buenos Aires…).

Afin de mieux faire sa connaissance, nous lui avons posé quelques questions...
Nous la remercions pour sa disponibilité !

Pour quelle raison avez-vous accepté de rejoindre le projet de l’Orchestre régional ?

Cette proposition m’a rappelé mes débuts, il y a 23 ans, quand j’ai eu mon premier engagement à la direction de l’Orchestre des jeunes de Montpellier ! C’était mon premier poste en France…
J’ai eu envie de retrouver ces sensations passées, et de voir comment, après avoir engrangé toutes ces années d’expérience, je pouvais apporter de nouvelles choses à ces jeunes artistes.

De quelle façon votre parcours reflète l’évolution de la place des cheffes d’orchestre ?

Quand j’ai été nommée en 2019 à l’Orchestre d’Avignon, j’étais la première femme à occuper cette fonction. Cette année-là a vraiment été un point de bascule, avec notamment la création du concours La Maestra par la Philharmonie de Paris et le Paris Mozart Orchestra.
Les jeunes cheffes d’orchestre sont désormais de plus en plus nombreuses et présentes à la tête des grands orchestres, il y a une réelle volonté politique de les mettre en avant. Mais pour ma génération, il a fallu davantage convaincre pour faire notre place. Nous avons été des pionnières en quelque sorte.

Quelle importance accordez-vous au travail avec de jeunes musiciennes et musiciens ?

La transmission est véritablement au cœur de ma vocation.
Quand j’ai commencé ce métier il y a plus de 20 ans, c’était très difficile d’obtenir des engagements. Au début de ma carrière, j’ai donc fait beaucoup de concerts pédagogiques, car on considérait que les femmes cheffes d’orchestre n’étaient pas capables de faire autre chose. En suivant ce chemin, j’ai vraiment pris goût au fait de travailler avec des jeunes, et trouvé beaucoup de plaisir et de satisfaction dans cette approche de mon métier.
J’aborde ces orchestres avec un peu plus de bienveillance, de générosité, plus de patience aussi. Mais je les considère absolument comme des professionnels !
C’est aussi challengeant, car les choses ne sont pas toujours comme on le souhaite du premier coup, alors on travaille par étapes. Il faut parfois être plus créatif pour emmener les jeunes artistes dans la bonne direction.

Vous avez été l’assistante de Kurt Masur à l'Orchestre national de France : que retenez-vous de cette expérience ?

Après avoir étudié au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris auprès de János Fürst, j’ai réussi le concours pour être cheffe assistante à l’Orchestre national de France. C’est dans ce cadre que j’ai pu travailler avec Kurt Masur, mais aussi avec d’autres chefs prestigieux, Seiji Ozawa, Riccardo Muti, Daniel Harding… Je travaillais sur les partitions et assistais à toutes les répétitions, ça a été une école formidable, la meilleure même !
Kurt Masur adorait parler aux jeunes, aux classes qui venaient assister aux répétitions, il était très émouvant dans sa façon de leur parler de la musique. Il leur rappelait que si le classique peut faire peur, c’est avant tout de la musique, qui peut toucher et procurer des émotions à tout le monde.
Techniquement, il savait comment faire converger les énergies de l’orchestre. Il n’avait pas forcément un geste très élégant, mais compensait par sa puissance magnétique. Les concerts étaient toujours exceptionnels, je me souviens notamment d’un cycle Schumann qu’il a dirigé en 2007 lors d’une tournée à Athènes.
Ses yeux étaient incroyables et très expressifs. Le fait qu’il ait travaillé avec les plus grands orchestres du monde imposait naturellement le respect.
Ce que je retiens de lui, c’est sa devise : "Never give up !". Par cette phrase, il voulait dire qu’il faut aller au bout des choses, même quand on rencontre des difficultés. Il m’a donné des armes pour avancer dans ma carrière.

Que vous inspirent les œuvres choisies pour "Nuit de Sabbat" ?

Le programme prend sa source dans le fantastique, le surnaturel, les légendes…
De quoi déployer de grandes fresques musicales et presque cinématographiques, un espace de paysages qui auront un côté inquiétant, menaçant, mais sans jamais sacrifier le beau.
Je suis sensible au fait qu’une œuvre d’Helena Munktell soit interprétée. La représentation des femmes compositrices est un sujet qui me tient particulièrement à cœur, j’ai d’ailleurs cosigné un ouvrage en 2021 avec la journaliste Pauline Sommelet, La Symphonie oubliée (Robert Laffont) qui réhabilite la mémoire de la compositrice Charlotte Sohy (1887-1955).
Il est grand temps de faire une place de choix aux femmes compositrices dans les programmations !

Venez applaudir l'Orchestre régional lors de 2 concerts !

• vendredi 30 octobre à 20h à l'Auditorium de Bordeaux │ gratuit sur réservation à partir du 16 octobre
• samedi 31 octobre à 17h à l'Opéra de Limoges │ gratuit sur réservation à partir du 6 octobre

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